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    GYROPHARES

     

    Gyrophares, gyrophares

    Leurs lumières valsent dans le soir

    Un homme au teint blafard

    Est étendu sur le trottoir

     

    Sur le bitume il y a peu de sang

    Quand on est battu à mort

    On saigne plutôt en dedans

    La foule regarde de loin le corps

    Se presse pour mieux voir

    Tente de s’approcher encore

     

    L’homme passait là par hasard

    Il rentrait chez lui par un détour

    Il s’était mis un peu en retard

    En prenant du pain au carrefour

     

    C’est un noir battu par des blancs

    Ou un blanc battu par des noirs

    Blanc ou noir peu importe la couleur

    L’essentiel est de taper à plusieurs

     

    Les gyrophares éclairent en tournant

    Les badauds massés sur le trottoir

    Les flashes de lumière en dansant

    Révèlent les visages avides de voir

     

    Un peu déçus par l’absence de sang

    Ce n’est finalement qu’un corps

    Et sans les gyrophares bleus et blancs

    On pourrait penser que l’homme dort

     

    L’homme n’avait à offrir aux assassins

    Qu’une misérable miche de pain

    Alors pourquoi l’a-t-on battu à mort ?

    Parce qu’il était noir, parce qu’il était blanc ?

    Personne ne sait quel fut son tort

    Les assassins pas plus que les passants

     

     

    Paul Obraska

     

    Edward Munch « Soir sur Karl Johan »


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  • pissaro45 

    LA NUIT ECLAIREE

     

    Du bleu de la nuit, des étoiles perdues

    Ont retrouvé leur chemin dans la cité,

    Et sages, se sont alignées dans les rues.

     

    Les arbres sombres nimbés de lumière

    Comme  une file de fantômes dressés,

    Le feuillage éclairé par les réverbères.

     

    Des flots jaunes se déversent des vitrines,

    Attirant à elles les passants émerveillés,

    Ils restent là, immobiles sous la bruine.

     

    Les enfants en extase y collent leur nez,

    Un sourire de joie éclairant leur bobine,

    En y laissant la trace fugace d’une buée.

     

    Dans les cavernes lumineuses des magasins

    S’agitent les poupées d’un monde féerique,

    La forêt de fils leur offre une vie de pantin.

     

    Et aux accents d’une joyeuse ritournelle,

    Leur peuple pris d’une danse mécanique,

    Fête sans fin la venue prochaine de Noël.

     

     

    Paul Obraska

     

    Illustration : Camille Pissarro « Boulevard Montmartre, la nuit »


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  • dali94

    12 NOCTURNES

     

    1

    La Lune livide est une enfant sage

    Elle a beau se cacher la face

    Derrière un voile gris de nuages

    Elle est obligée de regarder en face

    La grosse Terre bleutée

    Sans pouvoir se retourner

    Ce n’est pas un spectacle pour les enfants

    Mais que voulez-vous, la Terre

    C’est sa mère

    Et on ne choisit pas ses parents

     

    2

    Un bout de Lune égaré est tombé

    Dans une flaque ronde de lumière

    Où un homme saoul s’est oublié

    Les mains au cou du réverbère

     

    3

    A la pleine Lune ou un autre quartier

    Dans un immense coffre-fort de béton

    Où les gens avant de se coucher

    Entreposent leur avoir à explosions

    Un spécimen mâle de l’Humanité

    Ouvre avec une lame la combinaison

    D’une femme inerte avant de la violer

     

    4

    Un père à petits pas prudents

    Sans faire craquer les lames du plancher

    Se glisse dans le silence de l’appartement

    Regarde avec amour sa fille endormie

    Qu’un rayon de Lune caresse en passant

    Dans la petite chambre aux murs fleuris

    Et se penche sur la belle enfant offerte

    La braguette ouverte

     

    5

    Dans un bois bétonné ou une rue déserte

    Des files de filles aux fesses découvertes

    Se penchent sur les vitres entr’ouvertes

    Au clair de Lune les couples se concertent

    Pour choisir entre sexe et bouche experte

     

    6

    Avant de se fermer une bouche de métro

    A vomi sur le sol un paquet-cadeau

    Une grande boîte entourée de papier

    Avec dedans un homme marron glacé

     

    7

    Une femme crie au secours dans la nuit

    La Lune écoute monter les cris de terreur

    Les gens agacés tournent dans leur lit

    Tout de même, il est plus de 22 heures !

     

    8

    Une femme dans une chambre à coucher

    Regarde le point rouge fixe de la télé 

    Et les chiffres bleus des heures défiler

    L’époux couché bouge à ses côtés

    Son gros ventre monte et descend

    Il s’étouffe parfois dans ses ronflements

    Et la femme pense dans son insomnie

    Qu’il est bon d’avoir de la compagnie

     

    9

    La bouffe roule vers les garde-manger

    Le malade garde l’espoir d’être guéri

    Le médecin de garde ne peut rien pour lui

    Le gardien de la paix n’est pas apaisé

    Le voleur se garde de la Lune et s’enfuit

    Le gardien de nuit n’a plus rien à garder

     

    10

    Un balayeur noir a envie de pisser

    Combien de corps encore à enjamber ?

    Il voit en passant les lunes dénudées

    Le responsable municipal de la propreté

    Arrivera-t-il à temps pour se soulager ?

     

    11

    Dans les beaux quartiers de Paris

    Dans un petit local noir surpeuplé

    Les gens ne dorment pas, ils crient

    Plus fort que le tintamarre syncopé

    Ils s’agitent, ils boivent, ils suent

    Mains frôleuses et sexe à l’affût

    Ils fument et se croisent aux vécés

    Après avoir été longtemps enfermés

    Ils s’expulsent au petit matin

    Nauséeux, fripés, fatigués, drogués

    Ils s’embrassent et se serrent la main

    Encore une fois

    Comme la Lune ils vont se coucher

    La belle vie, quoi

     

    12

    C’est un bel arbre comme un monument

    On s’y abrite de la pluie et du vent

    Au clair de la Lune effarée

    Une automobile en pièces détachées

    Expire son huile et fume à ses pieds

    De beaux jeunes gens se sont éclatés

     

    Paul Obraska

     

    Illustration : Salvador Dali : « Madrid. Homme ivre »


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  • grosz4.jpg

    George Grosz « La ville »

     

    DANS MA VILLE

     

    Dans ma ville

    Les voitures à l’étroit frottent leurs ailes

    Comme des oiseaux englués de mazout

    Derrière les ramasseurs de poubelles

    Remplies des rogatons de nos croûtes

     

    Dans ma ville

    Dans les profondeurs des tunnels

    Roulent des gens qui s’usent peu à peu

    A côté des eaux usées corporelles

    Qui coulent dans les égouts bourbeux

     

    Dans ma ville

    Il y a ceux qui peinent à écrire

    Mais paraphent les graffiti

    Pour laisser leur souvenir

    Sur l’école aux murs noircis

     

    Dans ma ville

    Circulent des drogues à mourir

    Sous les porches ou dans les vécés

    Dans le sang des épaves juvéniles

    Qui flottent avant de sombrer

     

    Dans ma ville

    Guettant les patrouilles

    Il y a des corps qui font le pied de grue

    Et cherchent sur les trottoirs des rues

    A happer un pénis en vadrouille

     

    Dans ma ville

    Des porte-manteaux à la file

    Marchent d’un pas de robot

    Des filles filiformes défilent

    Une fortune tissée sur le dos

     

    Dans ma ville

    Il y a des hôtels pleins de lumière

    Des tapis où s’enfoncent les vernis

    Où pour dormir on paye très cher

    Même en cas d’insomnie

     

    Dans ma ville

    Il y a ceux qui pour dormir ne paient rien

    Ils s’allongent dans la rue

    A la portée des chiens

    Qui leur pissent dessus

     

     

    Paul Obraska


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  • DSC00144

    BAL MELANCOLIQUEDSC00142

     

    Fanfare joyeuse d’un bal mélancolique

    Les vieux assis dans leur chaise roulante

    Regardent des rescapés arthritiques

    Esquisser prudemment une danse lente

     

    Regard triste sur les visages de parchemin

    Les amuseurs en costume jouent la gaîté

    Brillent les éclats de métal des musiciens

    Dans la verdure fraîche des arbres printaniers

     

    Bal nostalgique de l’impossible retour

    Si le printemps increvable renaît toujours

    Les regrets éclosent dans ce bal indécent

     

    Les jeunes en sursis étalent leur santé

    Les notes pétaradent des instruments à vent

    Et meurent sur la tristesse des gens âgés



    Paul Obraska


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  • DSC00937

    SUR LE PONT CAULAINCOURT

     

    Le pont Caulaincourt

    Enjambe le vieux cimetière

    Les poutres sous les poids lourds

    Tremblent sur les défunts sous terre

     

    Menhirs dressés gravés d’or

    Pierres tombales gavées de fleurs

    Dans le silence du peuple des morts

    Le bruit des moteurs sur leurs demeures

     

    Sur leur ciel grondant de métal forgé

    Les promeneurs en passant sur le pont

    Regardent malgré eux à travers les croisées

     

    Certains s’arrêtent comme sur un balcon

    Et contemplent les pierres lisses des tombeaux

    En pensant aux disparus qu’ils rejoindront bientôt


    Paul Obraska


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  • DSC00702

    ENTRE COUPOLE ET PALAIS

     

    En cet hiver froid où la lumière se fait rare

    En chassant le souffle glacé du passé

    Je songe à la quiétude du pont des Arts

    Sa fonte brûlante sous le soleil de l’été

     

    Passerelle des promeneurs

    Jetée entre coupole et palais

    Les femmes sous la chaleur

    Découvrent leurs attraits

     

    Des jeunes filles reposent sur un banc

    Et se gorgent de lumière

    Nonchalamment

    Sous les rayons solaires

     

    Entre coupole et palais

    Je me réchauffe sur le pont des Arts

    En songeant à ce moment de paix

    Entre deux fureurs de l’Histoire



    Paul Obraska


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    LINCEUL

     

    Ce matin il neige sur Paris

    Les flocons s’accrochent sur les toits inclinés

    Les voitures stupéfaites avancent au ralenti

    Avec un  chuintement d’éponge mouillée

    Leurs lumières comme des boules de sapin de Noël

    Celles qui stationnent sont emballées

    Dans des sacs blancs venus du ciel

    Les piétons avancent prudemment

    Un promeneur s’accroche à son chien fidèle

    La neige comme une coquille d’œuf craque en marchant

     

    Les monuments dans le gris du ciel recouverts d’un linceul

    Prennent des allures de fantômes de l’histoire

    Le lit du SDF est sous la neige et on ne peut plus le voir

    Peut-être que dessous repose un homme seul


    Paul Obraska

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  • SURPRISE DE L’AUTOMNE

     

    Je reste surpris par la beauté de l’automne

    Les arbres revêtent des parures cuivre et or

    Et c’est avec regret qu’ils les abandonnent

    En tombant à leurs pieds en un tapis mort

     

    Le vent léger fait bruisser les parures

    Comme un discret murmure d’adieu

    Le soleil s’infiltre dans les déchirures

    Et ajoute ses braises aux feuillages en feu

     

    Je reste surpris par cette mort multicolore

    Par ce feu d’artifice qui revient chaque an

    En espérant l’an prochain le revoir encore

    Et d’assister à la renaissance du printemps

     

     

    Paul Obraska

     


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  •  

    FLÂNERIE EN SEPTEMBRE

     

    Cette journée à Paris il faisait beau

    Une perfection de ciel et de douceur

    Les arbres étaient mi-feu, mi-eau

    Et le soleil d’automne à mi-hauteur

    Cernaient leurs feuilles de lumière

     

    Nous sommes allés flâner aux halles

    Au pied des grandes maisons de verre

    Sous la soucoupe sur son piédestal

    Le long des terrasses ornées de dîneurs

      L’église St Eustache au loin nous attira

    Elle nous montrait sa nouvelle blancheur

    Le jardin fut franchi en pressant nos pas

    Et elle nous accueillit dans sa fraîcheur

    Sous les entrelacs de sa voûte si lointaine

    Comme pour toucher un Dieu intouchable

     

    Puis au Louvre des antiquaires à la chaîne

    Exposaient une foison d’objets admirables

    Tous ceux que je ne pourrai jamais posséder

    Mais je ne trouve pas ces richesses désirables

    Il me suffit en flânant d’être et de les admirer


    Paul Obraska


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