• Jacques Marseille dans un article paru dans le Point du 4 septembre 2008, à propos du RSA,  propose (entre autres) de remplir un peu les caisses vides en taxant davantage les « hyper-riches » plutôt que les classes moyennes, puisque ces 0,01% des Français ont vu leurs revenus fortement augmenter ces 10 dernières années. Voici ces horribles propositions :

    - Soumettre au droit commun (scandaleux !) les 8,6 milliards de stock-options distribuées par an à 100000 personnes environ =

    3 milliards €

    - Soumettre au droit commun (quelle injustice !) les « parachutes dorés » de 51000 dirigeants =

    700 millions €

    - Imposer une taxe 100 € par an aux 4 millions de plaisanciers (où va-ton !) =

    400 millions €

    - Taxer de 1 € supplémentaires les 13 millions de cigares fumés par 200000 personnes (si on ne peut plus la ramener !) =

    13 millions €

    - Taxer de 10% supplémentaires les montres de luxe (mon Dieu ! A qui s'attaque-il !) dont le marché ne cesse d'augmenter (+ 29% et + 22% les 2 dernières années) =

    120 millions €

     

    Total : 4 milliards et 233 millions €

    Ce Jacques Marseille n'a aucun bon sens.


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  • Une Française de 62 ans a accouché d'un petit garçon à Los Angeles. Une femme de 59 ans attend des triplés à la maternité de Port Royal à partir d'ovocytes implantés au Viet Nam. Une femme de 46 ans est dans le coma après avoir donné naissance en juin à des triplés à partir d'ovocytes implantés en Grèce.

    C'est beau la science. Des femmes aux cheveux blancs, un pied dans la tombe et l'autre dans la vie, font le grand écart pour faire naître des enfants, à condition de ne pas avoir de coxarthrose qui bloque un peu les hanches. Comme elles accouchent souvent de plusieurs rejetons à la fois, la césarienne est là pour les extraire même lorsqu'elles sont paralysées et les nouveau-nés étant assez fréquemment hypotrophiques et prématurés, c'est plus facile. Le paradoxe, alors qu'elles prennent de gros risques à la fois financier (je ne connais pas le prix actuel des ovocytes sur le marché mondial) et vitaux, ce n'est pas vraiment leur(s) enfant(s) qu'elles portent si difficilement.

    Avoir des cheveux blancs, même teints, multiplie les complications de l'accouchement et l'enfant qui nait peut devenir d'emblée orphelin, ce qui gagne tout de même du temps.

    Je me demande de quelle façon une personne atteinte de maladie d'Alzheimer (Alois de son prénom) s'y prendra pour élever un enfant. Ce cher petit risque d'avoir des repères mouvants et d'être oublié dans les grandes surfaces ou dans une voiture soigneusement fermée.

    Qu'importe c'est beau la science et c'est beau la liberté de faire n'importe quoi pour assouvir ses désirs personnels et de trouver des gens intéressés dans le monde entier pour vous aider.


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  • J'ai un goût prononcé pour la laïcité, proche de l'intégrisme, ce qui ne m'empêche pas de constater que certaines coutumes religieuses ont leurs avantages.

    Ainsi le port du voile intégral peut fort bien convenir aux femmes laides et à ceux qui les croisent, elles ont la possibilité de ne montrer que leurs yeux s'ils sont beaux ou de les masquer derrière un grillage dans le cas contraire, les hommes pourraient alors être séduits par leur esprit, à condition de les laisser parler.

    Les jolies peuvent se voiler pour ne pas être importunées : les hommes hésitent à proposer la botte à une religieuse. 

    Celles qui se voilent comme on le ferait d'une chose précieuse se considèrent comme un paquet cadeau, et attendent l'ayant droit pour défaire l'emballage dans l'intimité, ce qui peut réserver quelques surprises, mais il reste l'échappatoire de la polygamie (encore un avantage sur lequel je ne m'étendrai pas)

    Pour les hommes, les femmes masquées aggravent, certes, leur frustration sexuelle (et Dieu sait à quelles extrémités cela peut conduire) mais le voile apporte quelques avantages non négligeables. Ceux chez qui la vision d'une chevelure féminine provoque une érection et qui considèrent qu'une peau découverte de femme constitue une provocation, le voile leur évite en général de succomber à leur obsession en déshonorant la femme coupable à leurs yeux de les avoir provoqués. 

    Mais l'avantage principal n'est pas là. Pour les hommes la hantise d'être cocus semble croitre avec l'esprit religieux. Posséder une femme[1] au sens large du terme comme on possède un objet précieux et d'autant plus précieux qu'il peut faire des petits, incite le propriétaire à tout faire pour que sa possession ne soit pas dérobée. Cacher la femme aux yeux des autres par une jalousie portative[2] est une bonne garantie pour s'en assurer l'exclusivité, garantie encore  améliorée par une menace de lapidation. Ce qui prouve - sans se voiler la face - que ces époux inquiets estiment - sûrement à tort - ne pas avoir les qualités requises pour retenir leurs femmes et mériter leur fidélité sans devoir les emballer. Cette modestie les pousse à hisser le voile au rang de vertu et à chercher parfois à retrouver la confiance en eux-mêmes en trompant leurs femmes, faisant ainsi d'une pierre deux coups.



    [1] Dire qu'un homme possède une femme lorsqu'il a un rapport sexuel avec elle est une expression d'autant plus stupide que c'est plutôt la femme qui possède transitoirement le sexe de l'homme au point que parfois elle le retient fermement lors d'un pénis captivus.

    [2] Je signale de façon totalement désintéressée que la burqa noire me parait ici la seule solution efficace car le foulard, surtout s'il est noué à la manière des chauffeuses du début du XXème siècle, peut  s'avérer séduisant. Mais chacun est libre d'enfermer sa femme comme il l'entend.


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  • La façon de paraître dépend évidemment de la mode qui conduit les gens à ressembler aux autres. Les jeunes, en particulier, veulent ressembler aux autres jeunes, tout en recherchant l'originalité. Mais les quelques individus qui lancent une mode qui n'existe pas encore sont par définition différents des autres. Pourquoi la particularité portée par ces quelques individus devient-elle la norme du moment ?

    Les modes qui modifient l'apparence portent en particulier sur la chevelure, partie du corps la plus malléable, à condition d'en avoir une. Pour les hommes, en dehors de la coupe passe-partout avec ou sans raie, le choix reste limité :

    - La coupe « en brosse » très en vogue après la deuxième guerre mondiale lors de la présence des troupes américaines en France est moins appréciée, trop militariste pour une jeunesse plutôt pacifiste et qui n'a plus de service militaire à accomplir.

    - La mode des cheveux longs persiste car elle donne à l'individu un air bohème du plus bel effet, un air jeune (ce qui explique que ce sont les hommes d'un certain âge, parfois chauve devant, qui affectionnent la queue de cheval, sans savoir peut-être que la mode lancée par le général anglais Cadogan remonte au XVIIIème) et somme toute c'est une avancée vers l'égalité des sexes.

    - Le crâne rasé a été popularisé par Barthez, le gardien de but de l'équipe de France. C'est une trouvaille pour les chauves. Quitte à être chauve autant l'être complètement et le crâne rasé donne un petit air de bagnard aventureux qui peut séduire, en attendant la mode des perruques pour homme qui mettait chauves et chevelus sur un pied d'égalité, mais elle n'a malheureusement pas l'air de vouloir revenir.

    - La chevelure sculptée par des crêtes fixées par de la colle, où les mèches folles restent insensibles au vent, donne à son propriétaire une tête de statue romaine après une bataille perdue contre les barbares.

    Quant à la chevelure des femmes, elle mérite un poème, d'autant plus que Dông Phong a eu l'amabilité de me transmettre une précieuse « Plume de poète » qu'il avait lui-même reçue de plusieurs blogueurs.


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  • Les oiseaux, les oiseaux, les oiseaux ! J'en ai marre des oiseaux. Leur œil rond de serpent qui vous regarde de côté, leur bec pointu et tranchant comme un couteau entre les dents et leur chant répétitif comme un disque rayé.

    J'en conviens, je suis un peu jaloux : je chante comme une casserole et je saute de moins en moins haut alors qu'eux ils volent, ils niquent la pesanteur et me regarde de haut marcher de mon pas de plus en plus lourd.

    J'en ai marre des oiseaux, ils volent désinvoltes et sans gêne, en l'air, l'air de rien, les impudents vous chient dessus de haut sans même s'excuser. Essayer de rester quelques temps sous un arbre, dans un parc, tranquille, un beau livre entre les mains et vous verrez le résultat. Ils vous chient dessus sans façon, sans raison. Si j'étais chasseur je comprendrais, mais je ne le suis pas. Je leur jette même quelques miettes de pain. Leurs fientes liquides comme un œuf mollet ne m'épargnent pas pour autant. Alors je m'essuie puisque eux s'en dispensent et chassé de mon banc je m'en vais. Et le long des allées, les statues du parc, les têtes dégoulinantes me regardent passer avec leurs yeux glacés, un sourire crispé sur leurs lèvres de pierre.

    Les statues et moi, nous en avons marre des oiseaux.


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  • On a annoncé à grands renforts de trompettes médiatiques (et pas seulement en France) que quelques semaines après l'interdiction de fumer dans les lieux publics, les hospitalisations en urgence pour infarctus du myocarde auraient chuté de 15%. Bravo !

    Mais j'ai des fourmis dans le bon sens : quoi ? Si vite !? Comment cette évaluation a-t-elle été faite ? Par rapport à quoi ? Sur qui ? A-t-on tenu compte de la baisse régulière ces dernières années des accidents cardio-vasculaires ? Ne s'agit-il pas d'une fluctuation statistique que l'on peut observer dans toute étude ?

    J'ai comme un doute. Enfin, la cigarette ce n'est pas comme le virus de la grippe que l'on peut choper en fréquentant les bars-tabac. La cigarette met des années à accomplir ses méfaits, surtout chez les non-fumeurs qui inhalent passivement la fumée de tabac. Les plaques d'athérosclérose dans les artères mettent des années à se constituer, même si elles peuvent se rompre en quelques minutes et obstruer une artère nourricière du cœur pour provoquer un infarctus, encore faut-il qu'elles soient déjà là !

    On nous a affirmé, sans sourciller, que quelques semaines après l'application de la loi, l'infarctus du myocarde, dans un esprit citoyen remarquable, aurait évité de frapper un grand nombre de sujets fréquentant les lieux publics (logiquement, il devrait s'agir que de non-fumeurs, car les fumeurs continuent à fumer ailleurs), qui, sans cette interdiction auraient du en être victimes pendant ce court laps de temps.

    Faut-il admettre que la fumée de cigarette des fumeurs déclenche sélectivement l'obstruction brutale des artères du cœur de leurs voisins non-fumeurs ? Ce qui impliquerait qu'avant l'application de la loi, les non-fumeurs ne faisaient leur accident cardiaque que dans les bars-tabac, les restaurants ou sur des lieux de travail enfumés.

    Pourquoi pas ? On vit dans un monde plein de surprises où on peut annoncer n'importe quoi au public sans vérification sérieuse.


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    Un article d'Hélène Vissière, paru dans "Le Point" du 7 août 2008 n° 1873, vient illustrer de façon caricaturale mes modestes propos publiés dans ce blog (Chroniques médicales n° 19, 20 et 23). Cet article traite des mesures prises par des entreprises aux USA, pour imposer une prévention cardiovasculaire à leurs employés portant essentiellement sur la lutte contre l'obésité (2 américains sur 3 ont une surcharge pondérale), le tabagisme et la sédentarité.

    Bien sûr, ce n'est pas par philanthropie. Les entreprises (surtout les grandes firmes) règlent la plus grande partie des dépenses de l'assurance-maladie et elles espèrent en outre obtenir une meilleure productivité en diminuant les arrêts de travail.

    Certaines entreprises, comme IBM, incitent à suivre la prévention en versant jusqu'à 300 dollars de prime annuelle si on fait un bilan de santé ou si l'on suit les mesures de prévention, d'autres offrent des cadeaux.

    Mais devant les résultats incertains de ces pratiques incitatives laissant aux employés la liberté du choix, d'autres entreprises ont opté pour des mesures dures en pénalisant ceux qui s'écartent des moyennes, par exemple : maigrir ou payer 840 dollars par an (la femme ainsi menacée a perdu 27 Kg en 1 an). Les employés doivent subir un bilan de santé et répondre à un interrogatoire intime (alimentation, mais aussi rapports avec le conjoint), les récalcitrants étant à l'amende (480 dollars). Un employé testé positif à la nicotine est averti (même s'il fume en dehors de l'entreprise) et menacé de licenciement s'il récidive. Beaucoup d'entreprises n'embauchent même pas les fumeurs.

    Ainsi aux USA et peut-être un jour prochain en Europe (en France, un premier ministre, maintenant décédé, n'avait-il pas proposé que la Sécurité Sociale ne prenne pas en charge les complications de l'alcoolisme et du tabagisme ?), les entreprises deviennent « le bras armé » du « pouvoir médical ». La prévention est évidemment souhaitable, mais où va-t-elle s'arrêter ? Un modèle universel tend à être imposé à chacun, les récalcitrants  montrés du doigt et marginalisés. C'est un bon début qui augure une intrusion encore plus large dans la vie des individus.

    NB Dans "Le Point" cet article qui traite de la lutte contre l'obésité (aux USA) est suivi par un article intitulé "Quand le riz vient à manquer" (au Bangladesh)


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    Des mots et surtout de périphrases viennent enrichir la langue, apportant une signification symbolique ou politique, en remplacement de mots qui existent déjà, qui ont le même sens et que l'on veut voir disparaître pour obéir en particulier au « politiquement correct ». Sémantique de substitution qui ne change rien aux situations ou aux faits réels et qui pourrait être qualifiée d'hypocrite. La chose ayant une connotation injustement honteuse plutôt que changer le regard des gens sur la chose, on change le mot qui la désigne en espérant que le regard suivra.

    Cette sémantique est pleine d'imagination et parfois de poésie. Prenons le terme bien connu de « techniciens de surface », il implique la possibilité de « techniciens des profondeurs » périphrase qui pourrait désigner soit des égoutiers soit des philosophes. Par contre remplacer élève par « apprenant » n'apporte rien d'autre que de la bêtise.

    Umberto Eco dans son livre  A reculons, comme une écrevisse donne des exemples que je me permets de commenter :

    Une personne n'est plus emprisonnée mais « socialement séparée », elle n'est pas privée de liberté, mais vient rejoindre les pensionnaires d'un asile d'aliénés et même les misanthropes, les ermites ou les religieux qui font retraite dans un monastère. Ceci afin que l'on n'accuse pas la société de vouloir punir quelqu'un pour ses méfaits.

    Un cow-boy devient  un « fonctionnaire de contrôle bovin » ça fait moins péquenot, mais cow-boy avait plus de prestige.

    Tremblement de terre devient « correction géologique », là je pense qu'il s'agit d'un canular, car la terre se fiche pas mal qu'on l'accuse de trembler.

    Le clochard est une personne à « résidence flexible », ça c'est une périphrase de toute beauté, on a presque envie d'en acquérir une.

    Une femme facile est  « horizontalement accessible », ce n'est plus un défaut : c'est une qualité.

    Un homme blanc est « un manquant de mélanine », ça c'est manifestement un défaut et implique la supériorité du noir sur le blanc.

    Il faut aussi y ajouter toutes les périphrases qui tentent de diminuer les handicaps :

    Un impuissant est « à  érection limitée » L'érection n'est pas absente, elle manque seulement d'efficacité, ce qui, entre nous, revient au même.

    La calvitie est « une régression folliculaire »  et c'est vrai que la calvitie est rarement totale, mais je trouve que le terme de régression est péjoratif. Je propose de remplacer cette périphrase par « disposition folliculaire choisie »  (pas par le chauve mais par les follicules)

    Et bien sûr tous le positif/négatif de l'handicap Ce sont en particulier les périphrases unanimement  appliquées de non-voyant pour aveugle et de mal entendant pour sourd. Ce qui sous-entend qu'il est honteux d'être aveugle ou sourd. Mais le positif/négatif attribue à l'handicapé la faculté manquante et ajoute sa suppression qui parait ainsi presque volontaire. Ce qui ne change évidemment rien à l'handicap et aux aménagements nécessaires pour le diminuer.

    Ce n'est qu'un modeste aperçu de l'hypocrisie de la société qui va parfois jusqu'à la bêtise (et je ne parle pas de la phraséologie imposée aux enseignants), de la valeur donnée au verbe pour usurper et masquer les faits, pour ménager la susceptibilité exacerbée de certains ou consoler ceux qui ont du mal à assumer ce qu'ils sont.


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    MADONE

     

    Une jeune fille, laissant un peu de ses seins apparaître

    Visage rond et bras dodus

    Accoudée à la fenêtre

    Est penchée sur la rue

     

    Elle ne regarde pas les gens passer

    Le défilé des toits des voitures multicolores

    Les casques jaunes des noirs creusant un fossé

    Les réverbères dressés pour que les chiens les honorent 

     

    Elle n'écoute pas les sons tonitruants qui s'échappent

    Et s'évanouissent des voitures en mouvement

    Les vociférations scandées du rap

    Les paroles mystérieuses des mélopées d'orient

     

    La jeune fille accoudée est seule au monde

    Le visage pénétré d'une madone

    Rien ne peut la distraire à la ronde

    Elle téléphone


    Paul Obraska
     


    Le téléphone portable, irremplaçable pour l'urgence, s'est transformé en doudou pour adultes et en moyen de communication perpétuelle, même lorsqu'on a rien à dire et simplement pour savoir où se trouve une autre personne et dire où on se trouve soi-même. Ce qui, il faut en convenir, est d'un intérêt limité.

    Les personnes seules espèrent qu'un jour le téléphone qu'elles emportent soigneusement  sonnera. Peut-être qu'elles seront surprises au volant de leur voiture au risque de provoquer un accident.

    Le portable a cela d'étonnant que, dès qu'il est porté à l'oreille, il semble se construire instantanément autour, comme par miracle, une cabine téléphonique protectrice. Si bien que les personnes parlent comme si le monde autour d'eux avait disparu, n'entendait pas et ne présentait aucun danger. La preuve en est que les cyclistes conduisent d'une main et les piétons traversent la chaussée en pleine conversation sans se préoccuper des voitures.

    Bien sûr dans les lieux publics les autres ne sont pas sourds et entendent parfois des choses très intimes. Si l'on prend le bus aux mêmes heures on peut suivre avec intérêt les démêlés de chacun et surtout de chacune.

    La mise en scène des films a elle-même changée. Une partie de l'intrigue et du dialogue se passe dans la rue avec un seul acteur et il est beaucoup plus rare à présent de voir un malheureux chercher désespérément une cabine téléphonique libre, ce qui enlève une partie du suspense (il est vrai que l'on peut avoir une batterie épuisée, également prétexte pour interrompre une conversation qui vous est désagréable).

    Les sonneries sont très enrichissantes sur le plan musical. Pour peu que les sonneries soient identiques ou voisines, on voit, lorsque l'une retentit dans un lieu public, plusieurs personnes indiquer aux pickpockets où se trouve leur portable.

    Les femmes mettent le plus souvent leur appareil dans leur sac au risque de ne pas l'entendre sonner. Les hommes le mettent fréquemment dans la pochette de leur veste et un nombre impressionnant de téléphones se retrouvent dans la cuvette des WC.

    J'ai vu un jour dans le métro une musulmane ouvrir la porte du wagon, tout en téléphonant, après avoir coincé son portable entre son oreille et son voile, un intérêt du voile qui a probablement échappé aux instances religieuses

    Le portable est un appareil espion qui permet de se faire repérer. Les adultères se sont compliqués, certes on peut fermer son téléphone, mais cette manœuvre même devient suspecte et on est obligé d'ajouter aux mensonges habituels des histoires de couverture (de réseau, pas de lit) ou de tunnels malencontreux.

    Ce ne sont pas les seuls inconvénients possibles des  téléphones portables. Il n'est aucunement démontré que leur utilisation provoque des tumeurs cérébrales (si la démonstration est un jour faite, il sera bien entendu trop tard) mais on peut d'ors et déjà choisir sa localisation éventuelle, à droite ou à gauche (à éviter pour les droitiers). Les ondes auraient même accéléré le vieillissement des rats alors qu'ils n'étaient même pas soumis à des conversations insipides.


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  • Comme chacun sait  « l'air guitar » consiste à jouer de la guitare sans guitare, en mimant sur une scène tous les gestes et toutes les attitudes du guitariste y compris les plus folles. Ce simulacre est une discipline internationale avec ses vedettes, son festival et ses championnats. La Fédération française d'air guitar a d'ailleurs récemment organisé son championnat de France au parc de la Villette.

    Rien n'est plus proche du rêve que cette discipline. Elle rappelle le jeu des enfants qui servent un repas sans mets ou le mime qui ouvre une porte sans porte. Mais pourquoi ne pas étendre les simulacres ? Des champions de course automobile sans bolide tenant un volant imaginaire et manipulant des vitesses et des pédales absentes, des hommes politiques tenant un discours sans discours, tout dans la mimique et le geste, est-ce que les gens y verraient une différence ? Mais pour être plus sérieux : pourquoi ne pas demander aux soldats de tirer sans armes et aux terroristes de sauter sans bombe. On voit que l'air guitar ouvre des perspectives qui pourraient bouleverser le monde. Chacun sait que le monde est un simulacre, l'ennui est qu'on ne lui retire pas la guitare.


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