• AINSI VA LA VIE IV

    AINSI VA LA VIE IV
     Gustav Klimt "Espérance"

    ESPERANCE

      

    La femme dresse son long corps frêle,

    La chevelure rousse comme une crinière de lion

    Mange son visage amaigri d'une pâleur mortelle.

    Elle nous regarde de ses grands yeux ronds.

     

    Un regard de surprise et de mélancolie,

    Elle voit son corps mince et fragile déformé

    Par cette protubérance qui sans cesse grossit

    Et que son ventre distendu parvient à supporter.

     

    Cet œuf étranger fait partie d'elle-même,

    Il se nourrit de son corps malgré son vouloir,

    Mais déjà, sans le connaître, elle l'aime.

    Sans elle, il ne serait qu'un espoir.

     

    Un corps noir comme un têtard géant

    S'enroule autour de la belle dénudée.

    Les dorures d'une draperie à ses flancs,

    Son pubis roux sur voile céleste étoilé.

     

    Elle se croit seule la femme innocente.

    Pourtant, derrière, elle est surveillée

    Par des faces d'homme inquiétantes,

    Expriment-elles l'envie ou l'hostilité ?

    Ces mâles attendent-ils l'enfant à naître ?

    Voudront-ils de suite l'emporter ?

    Pour en faire un soldat peut-être.

     

    Sur elle, un crâne de squelette est penché.

    Que la femme ne se fasse pas d'illusion :

    L'enfant qu'elle porte sera peut-être mort-né,

    Ou naîtra pour mourir de toute façon.


    Paul Obraska 


    morisot4.jpg Berthe Morisot "Le berceau"

    NAISSANCE

     

    De qui est l'enfant né ?

    Peut-être de deux corps

    De sexes opposés qui se sont aimés

    Ou d'un père à la semence froide déjà mort

    Ou d'un père vivant inconnu à la semence vendue

    Ou d'un père méconnu qui s'est enfui en semant

    Ou d'une mère partie en cachette inconnue

    En laissant à d'autres son enfant

    Ou du corps prêté d'une mère

    A un couple de pères

     

    Où est né l'enfant ?

    Dans une femme qui le voulait pour soi

    Sur la paillasse d'un laboratoire austère

    Dans une matrice saine louée pour neuf mois

    Ou dans une matrice retraitée de grand-mère

     

    Que l'on soit voulu ou non

    Et qu'importe comment

    Il est presque toujours bon

    D'être sorti par hasard du néant

    Même si on y retourne de toute façon


    Paul Obraska

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  • Commentaires

    1
    Mercredi 26 Mars 2008 à 19:53
    Bonsoir, Tes deux textes d'ainsi va la vie, sont si criants de réalités, et de vérités, que d'autres même, voudraient cacher ! que j'y ai beaucoup réfléchi ! cette vision que tu as, rejoint, par certains côtés, celle que j'ai sur la vie et la mort en quelque sorte ! amicalement Lili
    2
    Mercredi 26 Mars 2008 à 21:16
    Je suis particulièrement bouleversée par ces deux textes .. et l'image associée . Meric beaucoup pour votre commentaire . Tristesse et mélancolie, certes ... on ne guérit pas, hélas, je pense, d'une vie jamais chevillée au corps . J'avais deviné que vous étiez médecin, bien sûr, mais votre univers, c'est bien autre chose, il est très profond et poignant . L'écorchée vive rescapée d'une anorexie de 25 ans se dévoile un peu trop, pardon . Toutes mes amitiés . Liza Peninon
    3
    Mercredi 26 Mars 2008 à 23:31
    Reste que cette tristesse fait naître un bel univers poétique.
    Amicalement
    Paul O.
    4
    Jeudi 27 Mars 2008 à 11:26
    Vraiment géants, ces deux poèmes ... où malgré les époques les questions restent les mêmes ... A bientôt, Silvia
    5
    Jeudi 27 Mars 2008 à 17:00
    Magnifique !!!!!!!!!!
    6
    Jeudi 27 Mars 2008 à 18:40

    Ce commentaire est d'autant plus fort qu'il est bref. merci de vous être égarée sur mon blog.
    Paul Obraska

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