• 282. La démocratie contre la science

    Je lis en ce moment un livre (un de mes cadeaux pour Noël) de Yascha Mounk intitulé : Le peuple contre la démocratie. Il analyse avec beaucoup de clarté le processus qui peut conduire la volonté populaire à détruire la démocratie libérale, les cas où la démocratie poussée à l’extrême sous sa forme « populiste » avec sa haine des élites, et son adhésion aux solutions simples assorties de quelques boucs émissaires commodes, finit par détruire la part libérale d’un régime, c’est à dire le respect et la garantie institutionnelle des libertés individuelles. Un processus qui risque de conduire le peuple souverain à abdiquer sa souveraineté au profit d’un autocrate ou d’un dictateur.

    Dans mon billet : « 279. La primauté de la loi sur la science » j’avais noté que les juges prenaient facilement des décisions en établissant sans la moindre preuve scientifique un rapport de causalité entre deux évènements médicaux simplement en raison de leur succession chronologique.

    Nous savons tous que la politique intervient dans la science ne serait-ce que pour des raisons éthiques, mais dans les démocraties libérales les politiques tiennent en général compte des données scientifiques pour prendre leurs décisions.

    Il semble que les dirigeants dits « populistes », champions de la désinformation, ont tendance à se dispenser des preuves scientifiques si cela peut faire plaisir à une partie de la population. « La concurrence organisée par ces groupes politiques entre l’expertise scientifique et l’expertise populaire, au nom d’une prétendue égalité des opinions, ne peut qu’être redoutée par ceux qui fondent leur discours sur les preuves et refusent les raccourcis faciles. » (Aurélie Haroche, Journal International de Médecine).

    Donald Trump, qui manie les fausses nouvelles avec un culot qui force l’admiration n’hésite pas à le faire même pour la médecine et la science, en recommandant en outre aux membres du National Health Institute (NIH) de ne plus utiliser la formule "fondé sur les preuves". Ce que l’on peut reconnaître au Président américain, c’est sa franchise puisqu’il réclame le droit de dire n’importe quoi à visage découvert, en encourageant les autres, et même les scientifiques, à faire de même.

    En Italie, l’une des premières décisions du nouveau pouvoir que l’on peut considérer comme populiste a été de revenir sur l’obligation vaccinale qui avait été une réponse à l’affaiblissement de la couverture vaccinale des jeunes enfants. Admirons au passage l’expertise de Matteo Salvini, vice-président du Conseil, lorsqu’il a affirmé qu’il considérait « en tant que père » que les vaccins étaient « trop nombreux, inutiles et nocifs ». Ce qui a conduit des responsables de l’Institut supérieur de la santé (ISS) à démissionner. Ce qui conduira sans doute les autorités italiennes à choisir un personnel médical, non pas sur des critères de compétence, mais sur leur caractère politico-compatible (ce qui n’est pas une spécialité italienne). Le ministère italien de la Santé a d’ailleurs évoqué la possibilité de porter plainte contre ceux qui, par leurs critiques, « entachent l’honneur et la réputation des institutions ».

    « La France est malade283. Quand le politiquement correct nous offre le scientifiquement absurde »

  • Commentaires

    1
    halleyjc@yahoo.fr
    Samedi 12 Janvier à 19:04

    Merci pour ce beau conseil de lecture... J'avais entendu cet Auteur sur France Inter mais vous m'avez convaincu d'aller plus avant avec lui. Heureux Homme qui a d'aussi bon conseils.

    Jean-Claude

      • Samedi 12 Janvier à 19:37

        C'est un essai remarquable par sa clarté. La dernière partie du livre traite des remèdes possibles, ce qui est bien plus délicat que l'analyse de la première partie.

    2
    Samedi 12 Janvier à 19:22
    Pangloss

    La démocratie, ce n'est pas ça. C'est seulement le suffrage universel et encore! dans le meilleur des cas.

      • Samedi 12 Janvier à 19:34

        La démocratie c'est la souveraineté du peuple. Les élections ne sont qu'une façon de l'exprimer avec un mode électoral qui est capable de l'exprimer plus ou moins. Mais l'expression populaire (quel que soit le mode d'expression) ne garantit en aucune façon les libertés individuelles (la révolution de 1789 en est la démonstration), seules des institutions (parfois impopulaires) peuvent le faire.

    3
    Samedi 12 Janvier à 20:26
    Pangloss

    L'expression populaire apparaît quelquefois quand les institutions ne font pas leur travail.

      • Samedi 12 Janvier à 20:55

        En effet. Mais la révolte ne prend souvent corps que quand le peuple estime que sa situation économique est défavorable. Aujourd'hui la situation économique échappe aux institutions, mais elles peuvent l'aggraver. Les réformes qui pourraient l'améliorer à moyen terme sont rejetées en France où le peuple, de tout temps, se fixe essentiellement sur ceux qui sont plus riches qu'eux et non pas sur les causes de la pauvreté.

    4
    Samedi 12 Janvier à 20:28
    Pangloss

    Quant au suffrage universel (à condition qu'il ne soit pas dévoyé), il est une condition nécessaire mais loin d'être suffisante pour garantir la démocratie.

      • Samedi 12 Janvier à 21:02

        Bien sûr qu'il n'est pas suffisant. Mais la France ne peut pas être dirigée à coups de référendums. Le RIC tel qu'il est réclamé est une vaste plaisanterie : peut-on diriger un pays de plus de 65 millions d'habitants en ayant la possibilité de révoquer à tout moment ceux qui vous dirigent ? Ils ne dirigeront alors strictement rien, sinon l'orientation de leur canapé.

    5
    Samedi 12 Janvier à 23:08

    Et à propos du RIC et de la votation suisse qui est souvent donné en exemple, un journaliste du Point faisait remarquer que lors des votations de ces dernières années, les Suisses ont dit NON au revenu universel pour tous et à la limitation des hauts salaires.

    Tout le contraire (enfin, j'imagine) de ce qui résulterait de RIC Gilets jaunes sur les mêmes sujets 

      • Samedi 12 Janvier à 23:20

        Les Suisses semblent avoir une haute idée de l'intérêt général, les Français sont plutôt plus sensibles à l'intérêt particulier, et les politiques n'y échappent pas.

    6
    Dimanche 13 Janvier à 15:29

     

    Si tout était aussi simple...

    Prenons, par exemple, Donald Trump qui semble nier ou minimiser le "réchauffement climatique" ou, du moins, ses causes les plus généralement et universellement reconnues... Est-ce plus illogique ou condamnable que Emmanuel Macron et consorts, absolument convaincus et presque convaincants de la nécessité d'agir sous la houlette de Hulot pour sauver la planète et le budget qui va avec, qui  imposent une taxe sur les carburants les plus polluants (avec les résultats qu'on sait depuis près de deux mois) en sachant très bien que cette taxe ne sera pratiquement pas affectée à la sacro-sainte transition écologique...

    J'avais mis cet article en ligne, à ce propos "hé ho les verts", simplement à titre d'interrogation citoyenne

    Idem concernant les vaccins qu'Agnès Buzin, ministre de la Santé et dont le mari, immunologiste qui a du renoncer sous la pression à un renouvellement de son mandat à la tête de l'INSERM, souhaite faire passer le nombre de 3 obligatoires à 11. On a eu aussi l'exemple pas si ancien que ça d'un certain scandale concernant la vaccination contre le virus H1N1 (grippe A): 94 millions de doses commandées pour 6 millions réellement utilisées, et ayant occasionné un nombre non négligeable de "dégâts collatéraux" (évidemment indemnisés par les pouvoirs publics les contribuables)

    Hors-sujet, on peut aussi se demander par quelle mystérieuse opération certaines maladies éradiquées en Europe depuis longtemps reviennent en force et justifi(rai)ent cet effort budgétaire ?

      • Dimanche 13 Janvier à 15:54

        Le raisonnement qui consiste à dire que les erreurs des uns excusent les erreurs des autres  vous éloigne de la vérité. Ce n'est pas parce que Macron a commis une erreur en voulant appliquer la taxe carbone, qui n'avait évidemment aucune chance de faire baisser le température du globe d'un millionième de degré, que Trump a raison en niant le réchauffement climatique.

        Ce n'est pas parce que Bachelot a vu grand pour la vaccination anti H1 N1, suivant d'ailleurs en cela les conseils de l'OMS de l'époque (et dans le cas d'une épidémie grave on lui aurait reproché de ne pas avoir prévu le nécessaire) que la vaccination des jeunes enfants est inutile et nocive.

        C'est justement parce que la couverture vaccinale est devenue insuffisante que des maladies infectieuses qui paraissaient éradiquées réapparaissent. Il n'y a donc pas de mystère voire de complot. Peut-être pensez-vous à l'importation de maladies par les immigrés ? C'est certain pour le SIDA, mais où la vaccination n'existe pas encore, pour la rougeole par ex., je ne sais pas, mais les immigrés sont à l'âge adulte et probablement immunisés pour les maladies infantiles.

      • Souris donc
        Lundi 14 Janvier à 15:35

        Le sida, mais aussi la tuberculose qu'on pensait éradiquée et qui a contaminé des agents de la RATP.

        Dr Wo, je ne sais pas vous, mais moi, les livres me donnent souvent une impression de "déjà lu". Le Père Noël m'apporté les BD des Vieux Fourneaux. Ce qui est flatteur. Surtout le tome 5 "Bons pour l'asile".

        J'ai eu aussi un "bon cadeau" d'une bonne librairie. A convertir en Yascha Mounck ?

      • Lundi 14 Janvier à 15:53

        Oui pour la tuberculose qui n'a jamais été totalement éradiquée et qui est devenue résistante aux traitements.

        C'est vrai que les sujets sont répétitifs et on finit par apprécier plus la forme que le fond déjà exploré. Mounk est clair, pour le fond j'ai trouvé que la séparation entre démocratie et libéralisme sur laquelle il joue est bien vue.

        J'ai vu le film "les vieux fourneaux" avec en particulier  Pierre Richard et Eddy Mitchell. Je me suis bien amusé.

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