• 266. Les inspecteurs des travaux finis

    266. Les inspecteurs des travaux finis

    Deux spécialistes de l’économie de la santé (Jean de Kervasdoué et Roland Cash) se sont penchés sur les sources d’économie possibles et donc sur les dépenses inutiles : "la pertinence des actes permettant d'améliorer la balance entre les bénéfices et les ressources".

    Il est vrai que les actes demandés par les médecins ne sont pas toujours pertinents, ne serait-ce que de demander de façon répétée le groupe sanguin d’une personne alors qu’il ne changera jamais au cours de sa vie (4,5 millions de détermination de groupe sanguin en France en 2015, soit 31 millions de dépenses, sans compter les tests effectués à l'occasion d'une hospitalisation ou de dons du sang).

    Sans vouloir défendre aveuglément ma corporation, cette approche rend les médecins seuls coupables de tous les maux, ni les patients, ni l’organisation de l’assurance maladie n’ayant apparemment la moindre responsabilité dans les dépenses qui leur paraient excessives.

    Dans leur analyse les deux compères trouvent qu’il y a trop d’évènements indésirables graves (EIG) durant une hospitalisation ou ayant induit une hospitalisation. Ils représenteraient 11 % des causes de décès. En 2009, la Drees a recensé entre 300 000 et 400 000 EIG. Les désordres physiologiques et métaboliques postopératoires (260 millions), les septicémies (155 millions), les escarres (137 millions) et les embolies pulmonaires post opératoires (71 millions). 

    Moi aussi, je trouve qu’il y a trop de complications graves chez les hospitalisés, mais j’aimerais que les « inspecteurs des travaux finis » me disent comment les éviter puisqu’ils sont si malins. On a vraiment l’impression que ces analystes accusent les médecins de provoquer délibérément les septicémies, les escarres ou les embolies pulmonaires. La maladie n’est pas un long fleuve tranquille se déroulant toujours sans complications. Mais peut-être pourrait-on en réduire la fréquence en augmentant le personnel notamment infirmier ? Ce qui serait une source de dépenses.

    Nos deux spécialistes soulignent que les médecins demandent trop d’examens d’imagerie. Un rapport de l'IRSN (Institut de radioprotection et de sureté nucléaire) estimait avec la CNAM, qu'à raison de près d'1 millions de radiographies du crâne annuelles, 24 millions d'euro ont été dépensés entre 1999 et 2012, pour un acte inutile dans la grande majorité des cas. C’est sûrement vrai, mais cela veut dire aussi que dans une minorité de cas la radio du crâne est pathologique, alors comment le savoir à l’avance avec certitude ?

    Pour l’imagerie ou les examens biologiques, seuls des examens qui se révèleraient pathologiques ne seraient pas demandés inutilement.

    D’un autre côté s’il est plus que souhaitable de demander des examens à bon escient, un tri trop sévère pourrait laisser échapper une anomalie que l’on pourrait par la suite reprocher au médecin. Celui-ci se trouve parfois dans des situations difficiles que ne connaissent pas nos deux spécialistes, comme, par exemple, un patient consultant pour un mal de tête qui paraît sans gravité, mais réclamant un scanner cérébral dont l’indication est très discutable. Imaginez les conséquences si l’examen refusé se révélait ultérieurement pathologique.

    En théorie et a posteriori on peut constater que des complications auraient pu être évitées, que des examens ont été inutiles, mais combien de maladies dépistées ou prévenues par des examens dont l’indication aurait pu se discuter ? La médecine n’est pas une science divinatoire et elle est parfois obligée de voir large pour ne pas faire d’erreurs, si bien, que pour la satisfaction du patient comme du médecin, les examens demandés sont le plus souvent normaux (donc inutiles) que pathologiques.

    Ceci ne doit pas empêcher le praticien de réfléchir, de raisonner, d’exercer son art et son bon sens plutôt que de se réfugier trop facilement derrière une pluie d’examens complémentaires. 

    Goya et son médecin  

    « Vous avez le bonjour d’OrwellFoi sensible »

  • Commentaires

    1
    Sémaphore
    Mercredi 16 Mai à 19:48
    Sémaphore

    Après coup, c'est toujours facile de savoir ce qu'il fallait (ou aurait fallu) faire avec exactitude...

    (ma femme travaille en hôpital, masseur-kiné)

      • Mercredi 16 Mai à 19:54

        Il est certain que l'on dispose aujourd'hui d'une panoplie d'examens complémentaires si riche qu'il est tentant et plus sûr d'y recourir. Le médecin se sert de moins en moins de la parole et de ses sens (très économiques) pour faire un diagnostic.

    2
    Mercredi 16 Mai à 20:42

    Une solution:

    former des spécialistes de l’économie des spécialistes de l’économie de la santé

    (n'ébruitez pas trop ma suggestion, quelque employé du ministère de la Santé pourrait la reprendre à son compte)

      • Mercredi 16 Mai à 20:48

        Et le diagnostic est fait par celui qui n'entend rien.

    3
    Souris donc
    Jeudi 17 Mai à 08:39

    On tourne en rond. A l'image des Américains, nous devenons de plus en plus procéduriers. Conséquence logique : les professionnels de la santé se protègent de plus en plus.

      • Jeudi 17 Mai à 09:03

        Vous avez raison.

    4
    Jeudi 17 Mai à 10:23

    Après une biopsie, on m'a annoncé "tout va bien". A posteriori, on pouvait juger que l'opération était inutile mais on n'a pu le savoir qu'en faisant la dite biopsie.

      • Jeudi 17 Mai à 10:32

        Tranquilliser un patient, c'est le meilleur côté de la médecine.

    5
    Jeudi 17 Mai à 14:52

    Je trouve tous ces examens, utiles bien sûr, mais très souvent anxiogènes ! Surtout quand ils sont prescrits à la va-vite par des médecins débordés qui vous font la liste de toutes les pathologies possibles... 

    Comme vous le dites, un peu d'écoute et de bon sens suffirait souvent ! Mais ça...c'était avant ! 

      • Jeudi 17 Mai à 15:03

        L'attente de chaque résultat d'examen est en effet très anxiogène puisqu'il   s'agit de votre santé et parfois de votre vie. Ne rien savoir est aussi une attitude, cela n'empêchera pas la maladie d'exister, mais, par contre, empêchera  éventuellement de prévenir son développement.

    6
    Jeudi 17 Mai à 17:07

    S'ils proposaient au moins l'immunité judiciaire pour les médecins n'ayant PAS prescrit un examen qui se révélerait a posteriori nécessaire, on comprendrait leur logique (et on admirerait leur courage).

    Mais là, c'est de l'analyse banale de consultants Yaka-Fokon.

      • Jeudi 17 Mai à 17:32

        Yaka-Fokon a toujours raison.

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :