• 265. Les tas de droits

    Nous sommes dans un Etat de droit. Les gens ont donc des tas de droits, mais certains s’arrogent celui d’en avoir de supplémentaires pour satisfaire une exigence ou un désir qu’ils présentent comme un droit, en sommant l’Etat ou la justice de faire le nécessaire pour en bénéficier.

    Certains sont farfelus comme l’ambitieux « droit à la santé » qui s’était fait une place de choix dans le passé, mais dont on parle moins car les gens sensés se sont sans doute aperçus que ce droit à la santé devait logiquement déboucher sur un droit à l’immortalité (ça viendra peut-être), aussi, à présent, parle-t-on plus volontiers d’un « droit aux soins », parfaitement justifié et restant dans le domaine du possible.

    Pourtant est apparue sur la place publique une association qui défend le « droit à guérir » ce qui impliquerait qu’il n’y a pas de maladies inguérissables et que si un médecin ne guérit pas son patient il tombe, non pas dans l’illégalité (car ce droit ne figure pas encore dans la législation), mais dans la culpabilité.

    Cette association « Le Droit à guérir » (à noter le D majuscule) défend en particulier des patients mordus par une tique et qui peuvent développer par la suite une infection, une borréliose nommée maladie de Lyme du nom de la ville où cette maladie fut décrite pour la première fois. Cette infection évolue en plusieurs phases et pourrait laisser des troubles séquellaires dans une forme dite chronique.

    L’ennui est qu’il a été attribué à cette forme chronique, dont l’existence même est discutée, tout et n’importe quoi étant donné l’absence de spécificité des troubles signalés. Le diagnostic est parfois avancé par les patients ou des médecins peu scrupuleux malgré la négativité des tests (dont la fiabilité est alors mise en doute par les intéressés) et même parfois en l’absence dans les antécédents de morsure de tique, hôte de nos forêts et vecteur inconscient de la maladie.

    Les spécialistes des maladies infectieuses et notamment ceux qui connaissent le mieux les borrélioses, doutent du rapport de causalité entre l’agression ancienne de la tique (lorsqu’elle existe) et le tableau pathologique survenant à distance de l’infection initiale (lorsqu’elle a existé) chez tous les patients qui viennent les consulter.

    Cette confusion multi-pathologique suscite des vocations médicales et des centres dédiés à la maladie de Lyme qui accueillent à bras ouverts les déçus des infectiologues compétents mais réticents.  Des cliniques promettraient même une guérison contre des sommes dépassant les 10 000 euros, car il est incontestable que les patients souffrent, même si la cause invoquée de leurs maux est plus que discutable. Les charlatans, eux, sont toujours prêts à les soulager.

    Comme on le voit, c’est là qu’apparaît un droit supplémentaire : le « droit de faire son diagnostic » ou le « droit de choisir sa maladie ». Avec internet, rien n’est plus simple de faire un autodiagnostic, mais si le médecin, quel que soit sa compétence, à qui vous vous adressez ensuite n’est pas d’accord avec vous, vous avez le droit de lui faire un procès.  Dans le cas qui nous occupe, dans une logique surréaliste, des spécialistes authentiques de la maladie de Lyme sont attaqués en justice parce qu’ils ne reconnaissent pas à la tique la responsabilité de la diversité pathologique dont souffrent les patients alors qu’eux sont certains du diagnostic clinique et étiologique, aidés en cela par quelques spécialistes auto-proclamés, des associations dont on se demande la motivation, et des avocats prêts à défendre l’indéfendable.

    C’est ainsi que plusieurs patients soutenus par l'association « Le Droit à guérir » ont déposé plainte contre X pour non-assistance à personne en danger, pour violences psychologiques et verbales à l'encontre d'une vingtaine de professeurs de médecine "détracteurs" de la forme chronique de Lyme, ces accusés ayant été auparavant harcelés par voie postale.

    Pour l’avocat de cette cause « Lymite », l'absence de reconnaissance en France de la forme chronique de la maladie de Lyme inflige aux malades "une souffrance physique et psychologique insupportable et les contraint à des errances médicales qui leur sont extrêmement préjudiciables" écrit-il dans son dépôt de plainte. La formation médicale et scientifique acquise par ses études de droit et son expérience de pathologiste lui permet d’affirmer que : "La forme chronique de la maladie de Lyme est une pathologie extrêmement grave consistant en un syndrome d’immunodéficience acquise inflammatoire bactérien multisystémique, dont la présence dans le corps humain peut entrainer chez certains des maladies et souffrances associées, et qui nécessite une prise en charge longue de poly-antibiothérapieEn outre, il est reconnu, du fait de nombreuses données épidémiologiques et scientifiques, que la maladie de Lyme dans sa forme chronique est impliquée dans un grand nombre de pathologies inflammatoires chroniques, auto-immunes et dégénératives (pathologies ophtalmologiques multiples, pathologies cardiaques, Sclérose en plaque, Sclérose latérale amyotrophique, Alzheimer, maladies de la sphère autistique, Fibromyalgie, Syndrome de Fatigue Chronique, etc…)".

    N’en jetez plus ! C’est du sérieux, mais on a aussi le droit de ne pas l’être.

    « Avis de rechercheLa minute de l’anthropologue »

  • Commentaires

    1
    Samedi 28 Avril à 15:21

    Vous avez eu le bon réflexe de tiquer à l'annonce de cette nouvelle démarche de patients pressés, une attitude qui frôle les T.O.C.

     

      • Samedi 28 Avril à 15:26

        Toujours l'illustration pile poil.

    2
    Samedi 28 Avril à 16:59

    C'est absolument incroyable !

    On n'est pas loin de l'époque stalinienne où le commissaire politique  indiquait au chercheur la conclusion à laquelle il devait aboutir !

      • Samedi 28 Avril à 17:21

        C'était la politique dans la science. Là, on a l'affect dans la science.

    3
    Souris donc
    Samedi 28 Avril à 18:12

    On est dans un état de droit procédurier, ça nous vient d'Amérique où les avocats démarchent au brancard.

    Piroplasmose : chez l'humain, je ne sais pas, chez le chien, le véto diagnos-tique à la démarche au ralenti et au pipi couleur coca-cola (atteinte des reins et du foie). Il lui injecte un antibiotique et en quelques heures, le toutou émerge et frétille. Ou meurt. Pas de chronicité de type fourre-tout comme la "maladie de Lyme".

      • Samedi 28 Avril à 19:01

        La démarche est tout de même surréaliste. Voilà des personnes qui exigent que leurs troubles fassent partie d'une maladie et font un procès aux médecins spécialistes de la maladie qui ne veulent pas confirmer leur auto-diagnostic. Non seulement c'est idiot, mais c'est scandaleux. S'ils ne sont pas déboutés, ce serait un précédent redoutable.

    4
    Samedi 28 Avril à 20:00

    Et des comme ça, vous en avez déjà vu, des comme ça...

                                                                               (extrait d'un spam reçu plusieurs fois !)

    Chaque année en France, on compte près de 400 000 nouveaux cas de cancer. 
    Ce chiffre a presque doublé en seulement 40 ans. 
    Si bien qu'aujourd'hui, un homme sur deux et une femme sur trois sont touchés par cette terrible maladie avant l'âge de 85 ans.
    Face à ces chiffres catastrophes, une lueur d'espoir dans la lutte contre le cancer est en train de naître

    Dans cette petite gélule se trouve ce que les Anglais appellent la "Golden Spice", littéralement l’épice d’or :

    Avec plus de 600 bienfaits démontrés, cette épice ancestrale indienne est le nouveau remède naturel dont tout le monde parle.

    Elle combat les cellules cancéreuses et l’inflammation chronique.

    Elle vous protège des maladies cardiovasculaires (infarctus, AVC), neurodégénératives (Alzheimer) et d’origine métabolique (diabète, obésité).

    Elle soulage les rhumatismes et les troubles intestinaux.

    Elle protège votre foie.

    Elle est efficace contre l’asthme, les allergies et les maladies de peau.

    Elle a déjà fait l’objet de plus de 10 000 études cliniques. Et encore, les chercheurs pensent que l’on ignore toujours son vrai potentiel. 

    Vous l’avez sans doute reconnue : il s’agit du curcuma. 

    Vous en trouverez partout et sous toutes les formes : poudre, jus, tisanes, compléments alimentaires, cosmétiques… 

    Mais au pays des chercheurs d’or, seul un petit groupe restreint de personnes a su trouver la véritable pépite. 

    Voici tout l’enjeu des nombreux producteurs de curcuma qui cherchent à tirer le meilleur de cette épice sacrée.

    Or, c’est en Inde, au pays du curcuma que des chercheurs ont concocté la curcumine la plus puissante au monde. 

    Pour cela, ils ont mis au point un nouveau procédé de fabrication breveté du curcuma. Et ils ont donné à cette nouvelle forme de curcumine le nom de "CurQfen®". cette forme de curcumine est bien différente de celle que vous pouvez trouver dans le commerce. Elle n’a même rien à voir car elle est la seule au monde à vous garantir une efficacité 270 fois supérieure au curcuma de base !

    Au vu de ses résultats spectaculaires et de sa rareté, nous l’avons appelée OLLIGOLD.

     

    Si vous lisez ces lignes, c’est que vous faites partie des premières personnes à connaître son existence.

    Pour vous donner une idée, il vous faudrait prendre 85 gélules de 500 mg de curcumine de base pour atteindre les mêmes bienfaits que vous apporte une seule gélule d’OLLIGOLD !

    En suivant la logique, nous devrions donc vendre OLLIGOLD 270 fois le prix d’une curcumine de base et 4 à 10 fois le prix d’une forme de curcumine biodisponible. C’est-à-dire entre 200 et 6 750 euros pour un mois !

    Mais laissez-moi vous rassurer : vous n’aurez pas à débourser une telle somme pour obtenir la curcumine la plus puissante au monde.

    etc, etc...

     

    Sinon, vous pouvez tenter ça...

     

     

     

      • Samedi 28 Avril à 20:50

        Je préfère son emploi en cuisine. Que des gogos l'achètent en traitement, il faut bien que la connerie se paye. Si les charlatans le vendent à titre préventif, cela n'a pas d'importance, par contre il est dit que leur produit combat les cellules cancéreuses, ça c'est plus grave.

    5
    Dimanche 29 Avril à 11:40

    Comment osez-vous être sceptique face à une épice "sacrée" et en plus "ancestrale"?

      • Dimanche 29 Avril à 11:47

        Je me rend compte à quel point je suis transgressif.

    6
    Souris donc
    Lundi 30 Avril à 08:59

    Pour en revenir au titre, l'Etat de Droit me donne des boutons. Car il est celui des juges. Dont on connaît l'impartialité. Cf. Mur des Cons. Nous sommes dans une Démocratie. Parlementaire. Avec une Constitution.

      • Lundi 30 Avril à 09:54

        En fait tous les régimes ont un droit adapté au régime.

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