• 254. Relation de cause à effet entre la presse et la panique

    « L'Agence Nationale de Sécurité du Médicament étudie le cas de 14 patients décédés alors qu'ils prenaient du Levothyrox. Ce mercredi 29 novembre, l'hebdomadaire Ebdo a révélé que les morts de plusieurs personnes avaient été enregistrées dans la banque nationale de données recensant les effets secondaires des médicaments. » (Huffpost)

    Ce journal Ebdo* titre carrément : « Les 13 morts du Levothyrox cachées par les autorités françaises ».

    Un titre particulièrement « lourd », pour ne pas dire inepte. D’abord il affirme que les 13 morts ont été provoquées par le Lévothyrox (pris par 3 millions de personnes) et ensuite que les autorités françaises cachent délibérément la survenue de ces décès. Si après ça les patients ne sont pas paniqués, c’est qu’ils ont les nerfs solides.

    Si le titre est racoleur et nuisible, dans l’article même la « journaliste » est un peu plus prudente quant à la relation de cause à effet qui reste à démontrer entre la prise du médicament et le décès. Et je me demande pour ma part ce qui pourrait bien tuer dans la nouvelle formule qui ne comporte que deux excipients nouveaux (mannitol et acide citrique anhydre qui se trouvent dans beaucoup de produits que l’on ingère) par rapport à l’ancienne formule, substances qui paraissent tout de même anodines (voir également : « 251. Quand une hormone file les glandes »).

    En dehors de l’atteinte thyroïdienne, le journal ne mentionne aucunement la possibilité de pathologies graves associées mais signale tout de même que l’une des femmes décédées avait 87 ans et l’autre 85 et admet que le traitement pouvait comporter d’autres médicaments. L’article laisse par ailleurs soupçonner que des morts fœtales seraient également à mettre sur le compte de la nouvelle formule sans la moindre référence statistique comparative.

    Ainsi parmi les centaines de personnes (sur 3 millions) qui ont signalé des effets secondaires, même si elles sont âgées, même si elles ont d’autres maladies éventuellement graves, même si elles prennent d’autres médicaments, c’est le Lévothyrox qui serait a priori responsable de la survenue de leur décès.

    La science journalistique a ses propres théorèmes, le premier étant celui d’attirer l’acheteur et plus ça fait peur, plus ça attire.

    Reste l’accusation de cacher la « vérité » à la population (ce qui est très vendeur). Bien sûr, les morts sont enregistrées dans la banque nationale de données recensant les effets secondaires des médicaments : c'est un de ses buts. Mais cela ne veut pas dire que le médicament surveillé est à l’origine du décès. Si cette banque nationale des données de pharmacovigilance devait avertir le public de tous les décès survenus dans la population traitée par des médicaments dont les effets secondaires sont relevés, les journaux auraient de quoi publier.

    * Si ce nouveau journal a cherché à se faire connaître de cette façon, c'est réussi : on évitera à l'avenir de le consulter.

    « La guerre des sexes aura-t-elle lieu ?IA »

  • Commentaires

    1
    Souris donc
    Jeudi 30 Novembre à 17:43

    Les mêmes soupçons étaient exploités par les journaleux quand les génériques sont arrivés. Il fallait absolument le princeps.

      • Jeudi 30 Novembre à 17:55

        Là, il y a un manque de rigueur à la limite du ridicule mais à l'origine d'une rumeur qui peut s'avérer grave pour les patients.

    2
    Jeudi 30 Novembre à 18:29

    L'ignorance de certains journalistes me sidère. Ils sont capables d'écrire des articles sur des sujets qui leur sont étrangers.

      • Jeudi 30 Novembre à 18:37

        L'ennui est qu'ils ont de l'influence.

    3
    Vendredi 1er Décembre à 12:00

    Dans le même genre d'idée:

    Le titre dit ceci:

    Un prêtre irlandais veut supprimer Noël!

    En fait, l'article dit cela:

    Entendons-nous bien, le mot Noël ! Pas la fête de l’Avènement du Christ : "Nous devrions abandonner complètement ce terme", plaide-t-il. "Le mot “Noël” ne veut plus dire que Dieu s’est fait homme, il a une connotation différente maintenant".

    En effet, il estime que si le nom de Noël avait jadis un sens religieux et qu’il marquait un événement important sur le plan liturgique et spirituel pour la plupart des Irlandais, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Il déplore notamment le consumérisme qui entoure désormais le temps de l’Avent et la période de Noël. "En général, la plupart des gens n’ont pas conscience de la signification du mot Noël", tranche-t-il. Aussi les chrétiens feraient mieux, à l’entendre, d’abandonner le mot Noël pour désigner la date de la naissance de Jésus.

    Il suggère aux croyants de remplacer dès maintenant le mot Noël par Nativité...

    Voilà, voilà...

     

     

      • Vendredi 1er Décembre à 13:08

        En effet, c'est tout à fait similaire. Il s'agit d'accrocher le client et de créer la polémique là où elle n'a aucune raison d'être. C'est simplement (si j'ose dire) malhonnête et nocif surtout si l'on se contente de lire le titre.

    4
    Vendredi 1er Décembre à 15:24

    Il suffit de se promener sur MSN pour collectionner les titres accrocheurs d'articles très anodins, voire inexistants. 

    Je me demande combien sont payés les pseudo-journaleux pour leur mauvaise prose... Dans ce cas précis c'est, comme vous le dites, "malhonnête et nocif" ! 

      • Vendredi 1er Décembre à 16:26

        Les journaux ont un devoir d'information, mais souvent une pratique de déformation.

    5
    Souris donc
    Vendredi 1er Décembre à 19:18

    L'effet placebo, chacun sait ce que ça signifie. Maintenant, on a l'effet nocebo. C'est-à-dire que le simple fait de s'attendre à des effets secondaires négatifs peut favoriser leur survenue.

      • Vendredi 1er Décembre à 19:30

        La force du subjectif, qui retentit même sur l'objectif.

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :