• 237. La face obscure de la moralité

    Par ce froid, le ministre de l'Intérieur, Bruno Leroux a crânement déclaré : "Personne ne devra rester dans la rue… ». Fort bien, mais en dehors de ceux qui n’ont malheureusement pas de domicile fixe, qu’en est-il des prostituées dont beaucoup sont obligées de rester dans la rue ?

    La loi d'avril 2016 sur la prostitution, en pénalisant le client, n’a pas fait évidemment disparaître la prostitution, mais a raréfié les clients et a contribué à précariser les prostituées. (voir aussi : "Le client ne sera-t-il plus roi ?")

    Il est interdit aux propriétaires de leur louer un local car ce serait tirer profit de la prostitution, comme il est interdit aux prostituées de s’associer pour travailler en intérieur.

    "Grand froid ou pas, ceux ou celles qui payent 50 euros leur chambre d'hôtel devront quand même faire un ou deux clients pour dormir au chaud" (porte-parole du Strass).

    Si le proxénétisme et la prostitution obligée sont des horreurs, la prostitution plus ou moins indépendante existe, et aucune loi n’a jamais réussi à la faire disparaître. La législation ne devrait-elle pas essayer de la rendre moins précaire ?

    Pour le SIDA, une étude[1] portant sur 27 pays européens, publié en janvier par The Lancet HIV, montre que les politiques les plus prohibitionnistes en matière de prostitution sont aussi celles qui favoriseraient le plus les contaminations par le VIH.

    La prévalence moyenne de l’infection à VIH chez les prostituées, est de 4,02 % dans les pays où cette pratique est totalement interdite (10 pays) contre 0,5% pour les états qui ont au moins partiellement légalisé cette activité. Ainsi l’Allemagne qui est le pays où la prostitution est légale (avec en particulier des maisons closes) est aussi celui où le taux de contamination est le plus faible.

    Les lois qui criminalisent la vente et l’achat de rapports sexuels risquent de conduire à l’isolement des prostituées et à réduire l’accès aux soins et à la prévention.

    L’auteur de cette étude conclut : « Nos résultats sont concordants avec d’autres travaux qui montrent que le retrait des lois criminalisant cette activité protège les travailleurs du sexe, leur permet de bénéficier d’assurance sociale et de protection juridique. Une telle légalisation augmente le recours aux préservatifs, réduit le risque de violence et renforce le pouvoir de ces femmes pour imposer l’usage du préservatif. »

     

    237. La face obscure de la moralité

    Toulouse-Lautrec : « L’inspection »

     

    [1] Reeves A et coll.: National sex work policy and HIV prevalence among sex workers: an ecological regression analysis of 27 European countries. Lancet HIV 2017; publication avancée en ligne le 24 janvier (http://dx.doi.org/10.1016/S2352-3018(16)30217-X).

     

    « J'avais prévu MacronC'est celui qui le dit qui l'est »

  • Commentaires

    1
    Dimanche 5 Février à 15:10

    Nous allons finir par regretter l'application de la loi de 1946, dire lois "Marthe Richard" !

    Bon dimanche Doc

      • Dimanche 5 Février à 15:15

        En voulant faire le bien, on fait parfois le mal.

    2
    Dimanche 5 Février à 15:38

    Je serais assez d'accord avec ce raisonnement mais toutes les femmes de ma vie ( mes filles, mes compagnes (1), mes amies, mes collègues, sont offusquées rien qu'à l'idée que je puisse être favorable aux bordels Eros-centers .

    Résultat, je me contente de  "m'interroger sur le sujet sans avoir pour l'instant d'opinion bien tranchée" ( ce qui est déjà très courageux de ma part, je vous assure !)

     

    (1) mes compagnes...successives, évidement ! smile

      • Dimanche 5 Février à 16:30

        Problème difficile. Ni blanc, ni noir. On ne peut pas être "favorable", on ne peut opter que pour le moins pire pour les personnes concernées.

    3
    Dimanche 5 Février à 16:58

    Vous avez raison. Le moins pire est quelquefois le meilleur en terme de santé publique.

      • Dimanche 5 Février à 17:10

        Non seulement pour la santé publique, mais également pour la situation vécue par les prostituées.

    4
    Souris donc
    Dimanche 5 Février à 17:45

    Toute prohibition entraîne des pratiques clandestines dangereuses. Le bobinard 2.0 rebaptisé "site de rencontre" pourrait être dépénalisé avec contrôle sanitaire. Evidemment, le client serait un peu frustré, ne pouvant tâter la marchandise. Ou alors le modèle bien aseptisé de la salle de shoot ?

      • Dimanche 5 Février à 18:08

        Votre rapprochement avec la salle de shoot est très intéressant. Voilà un lieu officiellement créé pour permettre dans les meilleurs conditions sanitaires une pratique totalement illégale avec achat préalable par le "client" d'un produit prohibé. L'illégalité de la prostitution (volontaire) en devient totalement ridicule.

        Bien vu, j'aurais du penser à ce rapprochement.

      • Souris donc
        Dimanche 5 Février à 19:27

        La salle de shoot demanderait cependant quelques aménagements :

        Infirmière / Mère maquerelle

        Box d'accueil des urgences / Canapé rouge chippendale

        ....Et à la fin, on retrouverait le bordel du folklore, mais avec contrôle sanitaire. Comme sur votre Toulouse-Lautrec.

      • Dimanche 5 Février à 19:48

        C'est bien, vous avez le sens de l'organisation. Ne pas oublier le distributeur de préservatifs.

    5
    Dimanche 5 Février à 18:30

    Je trouve le rapprochement avec la salle de shoot intéressant aussi ! Ceci dit, vouloir éradiquer la prostitution volontaire (l'autre est une abomination) me semble aussi utopique que de vouloir vider le lac de Genève avec une cuillère à soupe !

      • Dimanche 5 Février à 19:49

        Pour le lac, il suffit d'avoir beaucoup de patience.

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