• 226. L’état de santé des dirigeants doit-il être révélé au public ?

     

    L’état de santé des dirigeants doit-il être révélé au public ?

    Ce sondage a été réalisé par le Journal international de Médecine (JIM.fr). Je ne fais pas partie des 486 médecins qui ont participé au vote.

    La question est ambiguë car si les candidats à la présidentielle étaient amenés à présenter un certificat médical, sa validité serait évidemment plus grande si le praticien appelé était indépendant, et sûrement moins crédible dans le cas d’un médecin choisi par le patient lui-même. Il n’est donc pas étonnant que plus des deux tiers des votants sont partisans de l’indépendance du patricien sollicité.

    On connaît les précédents du silence sur la maladie de Pompidou, des mensonges sur celle de Mitterrand et de la discrétion sur celle de Chirac qui donnent une valeur très relative aux bulletins de santé officiels.

    La question plus intéressante eut été de savoir si mes confrères étaient ou non partisans de ces bulletins de santé que les deux derniers présidents de la République ont éprouvé le besoin de publier dans un soi-disant souci de transparence et dans un souci certain de communication.

    Il faut d’ailleurs noter que ce serait rompre le secret médical si l’état de santé d’un dirigeant était révélé au public malgré l’intéressé, que le médecin soit indépendant ou pas. Le dirigeant peut donc s'opposer à la révélation au public de sa pathologie et conduire le médecin à rédiger un faux certificat. En outre, le médecin peut avoir à trancher entre son rôle de praticien et l'intérêt du pays lorsqu'il se confond avec celui de son patient. Un conflit qui peut l'amener à jouer avec la vérité pour le bien commun. Ainsi Paul Milliez diagnostiqua chez De Gaulle un anévrisme de l’aorte abdominale en 1955 à l’occasion « d’un malaise grave » [fissuration ?] et lui cacha le diagnostic et le pronostic, la survie lui paraissant limitée. A son avis en sachant la vérité il se serait retiré de la vie politique or De Gaulle est mort en 1970 !!! Milliez s’était trompé sur le pronostic.*

    D’après ce sondage on peut estimer qu’au moins 30% des votants sont contre la publication de tels bulletins de santé et probablement plus si la question posée avait été plus claire.

    J’estime pour ma part, qu’en dehors de la maladie mentale, l’état de santé d’un dirigeant ne regarde que lui.

    Beaucoup de dirigeants dans l’histoire furent atteints d’une maladie physique parfois handicapante sans pour autant les empêcher d’assurer leur fonction, parfois avec brio.

    Par contre la révélation publique d’une maladie sans incapacité visible entamerait la crédibilité du dirigeant ou la confiance que l’on pourrait avoir en lui. Et serait-il pour autant obligé de démissionner ?**

    Ces bulletins de santé, qui font partie de la communication, me paraissent donc peu fiables, inutiles, voire nocifs dans le cas où ils révèleraient (avec l'accord de l'intéressé) une pathologie ne réduisant pas les capacités à gouverner.

    * Rapporté par Jean Deleuze : Revue du Praticien du 30 sept 2005, tome 55 n° 14. (Cirrhose) in « De Gaulle et la médecine » Les empêcheur de penser en rond 1995.

    ** La Constitution française prévoit la possibilité pour le gouvernement de déclencher la procédure "d'empêchement" à l'encontre du président de la République si son état de santé devient incompatible avec l'exercice du pouvoir.

    « La parole est morte, mais le silence est mortelQuand les vieux carabins s'amusent »

  • Commentaires

    1
    Vendredi 14 Octobre 2016 à 12:47

    Je suis tout à fait d'accord avec vous on ne doit rien publier sauf si le candidat est complètement taré, ce fut le cas de her Hitler, et nous avons vu les méfaits de sa folie sur l'Europe!

    Et si De Gaulle avait connu le diagnostique de son médecin il ne se serait sûrement mêlé des affaires de l'état pour qui il avait une grand respect!

    Hollande aurait eu un cancer de la prostate avant son élection, mais ce n'est pas la prostate qui a affecté son jugement, sur toutes les décisions idiotes qu'il a pris !

      • Vendredi 14 Octobre 2016 à 13:38

        Le mensonge médical a permis à De Gaulle de se mêler heureusement des affaires de l'Etat.

    2
    Vendredi 14 Octobre 2016 à 13:05

    C'est vrai qu'avoir une prostate en bon état n'est pas une condition sine qua non pour gouverner. "Ce n'est pas à ce niveau-là que ça se passe" avait répondu le Mitterrand, fin connaisseur en matière de prostate et de pouvoir . 

    Et puis même si ça doit altérer son humeur et lui faire faire des choses inconsidérées, il y a des contre-pouvoirs ( parlement, haute cour de justice...)

      • Vendredi 14 Octobre 2016 à 13:40

        Il y a un livre paru ces dernières années (et que je n'ai pas lu) : "Ces malades qui nous gouvernent"

    3
    Vendredi 14 Octobre 2016 à 17:34

    Le bon sens voudrait qu'un président soit en bonne santé et qu'il n'ait d'autre souci que celui du bien public. Mais lui demander de fournir un certificat médical (et psychiatrique?) serait un peu exagéré. Il ne reste plus qu'à faire confiance à celui qui nous gouverne en présumant qu'il s'estime capable d'exercer ses fonctions.

      • Vendredi 14 Octobre 2016 à 17:49

        Le pouvoir a un côté thérapeutique.

    4
    Sémaphore
    Vendredi 14 Octobre 2016 à 18:54
    Sémaphore
    Le Général est mort en 1970 après s'être retiré de la politique en Avril 69... (peut-être, cette erreur provient du texte repris ?)
      • Vendredi 14 Octobre 2016 à 19:10

        Vous avez tout à fait raison. J'ai eu un doute, mais aussi la paresse de vérifier en faisant confiance à l'éditorialiste de la Revue du Praticien. Une leçon : ne jamais faire confiance quand on a un doute.

        Merci. Je vais corriger de ce pas.

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